samedi 30 avril 2005

L’île d’Orléans

Outre une ravissante balade à travers les champs et les petits villages qui s’alignent sur les bords du fleuve, un arrêt sur l’île d’Orléans vous offrira un havre de paix où vous pourrez vous détendre tout en savourant des produits du terroir. En effet, les cidreries et les vignobles vous séduiront avec leurs caves et leurs dégustations, tandis que les cabanes à sucre et les fermes vous raviront via un tour du propriétaire en tracteur. Partout, confitures, pâtés, tartes, produits à l’érable et aux pommes vous enchanteront les babines.

L'île de Félix
Enfin, vous êtes sur la terre d’élection du poète Félix Leclerc. Ainsi, nous vous recommandons vivement d’écouter un de ses disques dans l’auto dès que vous entrez sur l’île, histoire de vous mettre dans l’ambiance…

Pour supporter le difficile et l’inutile, y a l’tour de l’île
Quarante-deux milles de choses tranquilles

(« Le Tour de l’île », Félix Leclerc)
Un pèlerinage s’impose à l’Espace Félix-Leclerc (et sur sa pierre tombale pour les groupies). Une exposition émouvante qui retrace la vie du grand poète québécois : photos, objets personnels, paroles de chansons, extraits de journaux, reconstitution de son bureau…
682, chemin Royal à Saint-Pierre – http://www.felixleclerc.com

En février, la neige est rose comme chair de femme
Et en juillet, le fleuve est tiède sur les battures…

Un seul pont permet d’accéder à l’Île d’Orléans. Avant sa construction en 1935, on prenait le bateau ou on traversait à pied en hiver sur le fleuve gelé. Lors de sa découverte par Jacques Cartier, l’île fut baptisée Île de Bacchus en raison de ses nombreuses vignes sauvages. Parmi les incontournables, le Vignoble Isle de Bacchus produit à ce titre des vins blanc, rouge et rosé. Ses spécialités : le Kir de l’Île (pour l’apéro) et le Fleur de Lyse (pour le dessert).
1071, chemin Royal à Saint-Pierre – www.isledebacchus.com
 
La cidrerie du domaine de Steinbach
2205, chemin Royal, à Saint-Pierre de l'Île d'Orléans (418) 828-0000 -
http://www.domainesteinbach.com
Un autre arrêt que vous ne regretterez pas ! Bien sûr, leur spécialité c'est le cidre de glace (exquis depuis le Diablotin à la framboise au Tourlou à l'érable en passant par d'excellents vinaigres de cidres de pommes). Mais la famille Steinbach, originaire de Belgique, propose également de savoureux produits à l'érable de la moutarde au confit d'oignon, sans oublier la gelée de pomme à l'érable. Un petit régal à ramener chez soi et à offrir !

Enfin, le fameux Fromage de l’Isle d’Orléans vous enchantera grâce à sa recette artisanale datant de 1693, reconstituée sur place grâce à une fameuse bactérie introuvable ailleurs !
4696, chemin Royal à Sainte-Famille

On veut la mettre en mini-jupe and speak English
Faire ça à elle, l’Île d’Orléans notre fleur de lys…

Et avant de repartir, n’oubliez pas de passer à la Chocolaterie de l’île d’Orléans pour goûter au chocolat, à la crème glacée et au sorbet maison à Sainte-Pétronille.

Une chouette adresse où dormir (pour tous les budgets entre 30 et 100 $) :
L'Auberge de jeunesse Au P'tit Bonheur
Une magnifique maison historique avec chambres privées ou dortoirs, et même un tipi dans le jardin !
Site : http://www.leptitbonheur.qc.ca
+ L'hiver : possibilité de dormir dans un igloo !
Tout sur l’île d’Orléans : http://www.iledorleans.com

Citations en italiques tirées de la chanson « Le Tour de l’île » de Félix Leclerc.

samedi 8 janvier 2005

Le "Sud" du Québec : Cuba



Telle une Québécoise, j’ai passé Noël « dans le sud », loin de « la maudite mârde blanche », sous le soleil de Cuba. J’ai ainsi troqué mes bottes pour mes gougounes (tongues en bon Québécois) et j’ai quitté les trente centimètres de neige montréalais pour les vingt kilomètres de sable blanc de Varadero. Rien de mieux pour envoyer des cartes de vœux originales représentant des cocotiers plutôt que des sapins enneigés…

¡ Feliz Navidad !

Après un vol retardé par le dégel des ailes de l’appareil, mon avion atterrit à Cuba et je retire mon manteau d’hiver. Il fait beau et l’aéroport est entouré de palmiers. Une odeur de cigare plane et Cuba vibre sous les rythmes latinos au son des percussions, maracas, guitare, trompette, voix et violoncelle. Cha cha, rhumba, merengue et salsa enveloppent délicieusement l’atmosphère et enivrent autant que les effluves du rhum : « Guantanamera », « Che Guevara »,
« Quisas quisas »…

Destination favorite des Canadiens, Varadero est une ville exclusivement touristique. Dans ce pays sans Coca-Cola ni MacDo, les touristes sont marqués comme du bétail par un bracelet qui leur garantit un laisser-passer à tous les restaurants de leur hôtel grâce à la fameuse formule « all inclusive ». Bordée de grands complexes hôteliers, la côte offre ainsi un confort continental qui tranche terriblement avec la pauvreté du reste de l’île. Les buffets regorgent de nourriture et tout est consommé « à volonté », alors que les Cubains manquent de tout. Golf, marinas, night clubs, piscines, courts de tennis : tout est prévu afin de ne pas trop dépayser l’Occidental en vacances.

La côte est magnifique : mer turquoise, sable blanc, cocotiers le long des plages. Le paysage est paradisiaque. Le soleil brille et l’eau est chaude. Au large, une barrière de corail régale les plongeurs. Cependant à Noël, même s’il fait chaud et que l’eau est tiède, la côte nord est sujette à de nombreux passages nuageux. L’idéal, l’hiver, est donc de réaliser plutôt un parcours à travers l’île. De nombreux voyageurs optent pour ce plan : ils louent une auto et roulent de ville en ville. Certaines agences proposent d’ailleurs des formules de circuits où les hôtels sont réservés à l’avance.


Malheureusement, à Varadero, les Cubains rencontrés se limitent aux employés des hôtels. Pour chacun d’eux, un sourire jovial illumine aussitôt leur visage lorsque nous leur lançons un « ¡Ola! » chaleureux. Même si on est nul en espagnol, nous devons compter parmi les rares qui font un effort pour parler leur langue. Les Cubains ont alors les yeux qui brillent et on se sent en contact, même juste pour un instant. Coincé entre la dictature de Castro et l’embargo américain, le peuple cubain s’avère extrêmement pauvre. N’oubliez pas de glisser dans vos bagages des savons, des bonbons et toutes sortes de petits cadeaux qui feront le bonheur des femmes et des enfants cubains.
¡ Hasta la vista !  

Les hôtels proposent une quantité d’excursions à travers le pays surnommés « Rambo Tour », « Jungle Tour » et autres « Aquaworld ». En hélicoptère, en parachute ascensionnel, en catamaran ou encore dans un truck russe tout terrain, vous sillonnerez les routes cubaines à la vitesse grand V, vous arrêtant dans les villes une vingtaine de minutes avant de repartir à l’aventure. Bref, frustrant, folklo, gogo et surtout très loin de la réalité cubaine et de ses chaleureux habitants. Mieux vaut donc visiter par soi-même et louer une voiture pour circuler car les bus sont rares. Les véhicules en location sont récents et en bon état (contrairement aux autos privées). De plus, aucun problème pour stationner. Le seul souci demeure le manque d’indications sur les routes. Cependant, les Cubains se font un plaisir de vous indiquer le chemin lorsque vous le leur demandez. D’ailleurs, ne pas hésiter à les prendre en stop : à la sortie des villes, nombreux sont en effet les Cubains qui attendent l’arrêt d’une voiture afin de les rapprocher de chez eux. Ils vous indiqueront le chemin à suivre avec plaisir.

Cuba présente un véritable musée roulant à cause de ses vieilles voitures américaines bicolores et chromées qui cohabitent avec quelques Lada dégarnies. La couleur des plaques permet d’identifier les conducteurs : plaques jaunes pour les véhicules privés (généralement de vieilles carcasses bricolées rescapées des années cinquante), plaques bleues pour les véhicules d’état (généralement les mini-bus touristiques et autres taxis officiels), plaques rouges pour les véhicules loués (des modèles Audi, Peugeot et Ford récents et modernes). Sur les routes comme sur l’autoroute circulent de nombreuses bicyclettes et charrettes (économie d’essence oblige). Des Cubains à pied vendent des bananes ou des cigares le long des voies rapides.


Cardenas, Matanzas, Cienfuegos, Trinidad, La Havane… Les villes cubaines regorgent d’histoire. La diversité de leur architecture témoignent des différentes époques qu’elles ont traversées depuis les conquistadores espagnols jusqu’à l’ère communiste en passant par le bordel de l’Amérique du temps du protectorat des États-Unis. Ainsi, de vieilles cathédrales aux tours asymétriques côtoient de magnifiques villas coloniales avec arcades, mosaïques, patios et boiseries qui s’imposent malgré l’usure et la poussière qui les recouvre. D’autres maisons, toutes en bois, rappellent les constructions antillaises.

À La Havane, les buildings du centre-ville, les anciens casinos, bars et boîtes de nuit rappellent le passage des Américains. Enfin, les immeubles en béton armé où s’empilent les familles de travailleurs reproduisent fidèlement le modèle soviétique. Sans compter les cabanes bricolées avec de la tôle et des récupérations de morceaux de bois, style bidonville ou favelas. Les époques et les styles se mélangent allègrement dans un délabrement généralisé.

Digne du climat tropical, la végétation est luxuriante. Les routes traversent des champs de canne à sucre, des plantations de bananiers, d’agrumes et de mangues. Dans la montagne, la forêt vierge grouille de bambous, de palmiers et d’eucalyptus, à travers des champs de tabac, des orchidées, des tulipes d’Afrique et des cactus.

Cuba est un pays magnifique et incroyable qui conserve une étonnante douceur de vivre malgré ses cicatrices. Sa population fait preuve d’une extrême générosité malgré sa misère. Et partout l’empreinte du Che s’inscrit, pas seulement dans le culte du passé, mais également en signe d’espoir : à quand la prochaine révolution ?

¡ Hasta la victoria siempre !
Le jour de noël, je suis allée me recueillir dans la ville désormais dédiée à Che Guevara. À Santa Clara, les monuments sont en effet consacrés au guerillo héroïque et à ses valeureux companeros en mémoire de la bataille historique remportée en 1958 par la Révolution. À la lueur de la flamme du souvenir, un mausolée abrite les restes du Che et de ses compagnons de lutte. À côté, un musée rassemble quelques objets du Comandanto et de ses acolytes : timbales en fer, gourdes, uniformes, casquettes, bérets, médailles, diplômes, lettres, armes, ainsi que de nombreuses photographies et citations. Tout aspire au culte.


Dans les villages, rien ne fait penser à noël : pas de décoration et des rythmes salsas partout. Nous trinquons autour d’une bière au son de « Feliz Navidad » version reggae. Un moment inoubliable, perdu au milieu de nulle part, parmi des gens qui ont terminé de travailler et qui attendent une charrette ou un bus archi bondé sur le bord de la route. Un Noël loin de tout dans une ambiance hors du temps.

 

lundi 4 octobre 2004

Envoûtants sushis...

Vous cherchez un endroit romantique, original et surtout délicieux ? Foncez donc en plein cœur du plateau Mont-Royal, au Bleu Caramel, un restaurant japonais spécialisé dans les plaisirs gustatifs de l’œil et des papilles.

Le Bleu Caramel
4517, rue de La Roche à Montréal - Métro : Mont-Royal (514) 526-0005

Un cadre zen
Pour commencer, son cadre feutré est tout simplement envoûtant. On dépose ses souliers à l’entrée et on s’installe à la japonaise, c’est-à-dire à une table basse, assis sur un tatami. Un éclairage tamisé, un aquarium à même le mur, une petite fontaine miniature ainsi qu’une ambiance musicale zen aspirent au ressourcement. Des ouvrages sur la culture japonaise sont mis à la disposition des clients. Ce restaurant fait également salon de thé et les amateurs viennent s’y recueillir tout en sirotant de subtils mélanges.

Les meilleurs sushis de Montréal
Bleu Caramel prépare indéniablement les meilleurs sushis de Montréal. Ainsi, nous avons tous littéralement succombé au charme irrésistible de ses succulents nighiris et autres déroutants makis, sans compter les créations culinaires. Les patrons, un couple québéco-japonais, préparent des recettes inédites à base de saumon frais ou fumé, de thon, de tilapia, d’anguille ou d’œufs de poisson volant. Une recette est ainsi inspirée d’un cuisinier japonais installé en Louisiane : elle s’appelle JMDT (pour Je M’ennuie De Toi). De gargantuesques sushis aux couleurs festoyantes comme l’Arc-en-ciel, le Kamikaze, le Bleu Caramel ou encore le Tobigo vous raviront le plaisir des sens depuis les yeux jusqu’aux papilles. De plus, un petit morceau de tempura glissé au cœur du sushi vous fera voluptueusement frissonner lorsqu’il éclatera sous votre palais.

Rituel nippon
Les plats sont précédés d’une soupe miso d’algues et de tofu qui vous mettront dans l’ambiance (à déguster avec des baguettes). Accompagnez le tout d’un saké tiède et vous voici baignant dans la culture japonaise.

Le caprice de Geisha
Le dessert est tout aussi savoureux. Son nom déjà laisse rêveur : un Caprice de Geisha… Il s’agit de morceaux de fruit recouverts d’une fondue au chocolat et présentés sur une coupe de glace pilée. Le but du jeu : attendre trois minutes que le chocolat se saisisse sur la glace afin de faire monter le désir. Le chocolat saisi à l’extérieur au contact de la glace est encore chaud à l’intérieur : une pure merveille pour les papilles !

Un autre dessert savoureux : le sorbet. Trois parfums au menu : gingembre, fève rouge ou thé vert. Les trois arômes sont uniques et délicieux.
À noter : Bleu Caramel propose aussi sa cuisine à emporter.
Crédit Photos : Christian Semaan

lundi 5 janvier 2004

Les tounes de Mes aïeux

Créé en 1996 à Montréal, le groupe Mes Aïeux réunit une gang de joyeux drilles à la fois musiciens et acteurs (comme Isabelle Blais dans Caïman Fu, certains membres du groupe sont connus au Québec en tant que comédiens). Dans la veine des groupes québécois qui ravivent le folklore (La Bottine Souriante, les Tireux de roches, les Cowboys Fringants, voire même le spectacle Québec Issime), Mes Aïeux partage également l’univers des nouveaux chanteurs à texte français, humoristes et socialement engagés, comme les Escrocs, les Joyeux Urbains ou encore Alexis HK, qui présentent un répertoire musical particulièrement éclectique sur fond de fredaines populaires. Le registre de Mes Aïeux propose ainsi un délicieux mélange de saveurs traditionnelles aromatisées d’épices actuelles, où les rengaines folkloriques se marient aux registres rock, funk et blues, mais aussi à des aspirations afro-cubaines, hip hop, reggae, hardrock et discos. Cette recette « funklorique » produit « un folklore génétiquement modifié constitué de légendes modernisées, de faits vécus romancés et de chansons grivoises ou engagées ». L’ambiance festive et enjouée du concert comme de l’album entraîne inévitablement le public et l’auditeur dans un tourbillon de rire, de chant et de danse.



Légendes
La fabuleuse « rencontre entre La Bolduc et James Brown »
 

Le nom même du groupe évoque le passé, tout comme son répertoire d’une part inspiré d’histoires traditionnelles du Québec et, d’autre part, teinté de rythmes folkloriques tels que le reel, le rigaudon ou encore la gigue. La « légende » du groupe raconte que l’illumination survint au cours d’une improvisation collective lors d’une soirée dans un appartement de la rue De Lorimier à Montréal. Un des tubes du groupe fut d’ailleurs composé dans cet appartement désormais mythique du 2096, rue De Lorimier à Montréal. Cette chanson phare aurait été, dit-on, « écrite en une demi-heure, paroles et musique, pendant un doux moment d’euphorie éthylique » :

Sur la rue De Lorimier, il paraît qu’à tous les soirs
ils refont le monde entier et ils tuent le désespoir

« 2096 (chanson à boire) »

Depuis la chasse-galerie d’Honoré Beaugrand (« Acabris, Acabras, Acabram », « Descendus au chantier ») en passant par la légende de la rivière rouge et l’éternelle « Prison de Londres » version disco, tout le monde danse sur les tounes de Mes Aïeux. Même le diable et le petit Jésus se déhanchent façon John Travolta :

Pis quand Jésus danse, c’est l’bout’ de tout’
Il transpire même de l’eau bénite
De peur d’en recevoir une goutte
Le démon décide de prendre la fuite

« Le yâbe est dans la cabane »


Outre les légendes et chansons traditionnelles, le répertoire du groupe s’inspire également d’événements historiques qui ont marqué le Québec (Les Patriotes et les référendums sont des références récurrentes) dont certains faits divers qui ont défrayé la chronique, comme « La Corrida de la Corriveau » contée sur un savoureux flamenco. Alors qu’historiquement La Corriveau fut accusée en 1763 d’avoir tué ses deux maris, dans la joyeuse chanson de Mes Aïeux, elle n’en tue pas moins de sept ! Enfin, le groupe raconte également des histoires tirées de son propre patrimoine familial : comme le grand-oncle Prémi considéré comme le plus grand gigueux du nord du Saguenay ou encore la matante Octavie qui, farouche avec son mari, engendra treize enfants après une confession révélatrice :

La messe a été dite, maintenant l’église est vide…
[…] Octavie ressortit au bout d’une heure et demie
Toute essoufflée, mal boutonnée […]
C’qui s’est passé sous la chaire restera un mystère.

« Juste et bon »
Métaphores
Contre-attaquer les empires
 

Afin de se réapproprier la culture héritée de leurs ancêtres, chacun des membres de la tribu Mes Aïeux incarne (et caricature) une des figures marquantes de la Nouvelle-France. L’indien Marc-André Paquet alias Mappy joue des percussions (depuis l’éternel tam-tam jusqu’à la batterie punk), le curé Éric Desranleau et le trappeur Frédéric Giroux jouent de la guitare mais aussi de la flûte et de l’harmonica, le caribou (Luc Lemire) s’illustre au saxophone, l’Irlandais (Benoît Archambault) à la trompette et au clavier, l’ange Marie-Hélène Fortin chante et joue du violon, tandis que le diable Stéphane Archambault chante et écrit les paroles. À tour de rôle, chacun intervient en fonction de son personnage dans une mise en scène théâtrale pleine d’humour et d’espièglerie.
Crédit photo : Francis René
Toutefois, un glissement métaphorique s’opère dans la seconde partie du concert lorsque la confrérie québécoise arbore les couleurs de la série culte Star Wars. Transformé, chaque personnage conserve néanmoins ses principaux aspects. En effet, le curé s’est métamorphosé en Obewan (la Foi), l’Indien en maître Yoda (le Sage), l’ange en princesse Leïa (la pure), le trappeur en Luke Skywalker (l’aventurier) et enfin le diable réincarné en Dark Vador (le côté obscur de la Force), accompagné par l’Irlandais devenu Yann Solo (l’allié) et Choubaka (ex-caribou) dont le saxophone rappelle le langage voluptueux des Wookies.

À la fois métaphore du monde face aux États-Unis et métaphore du Québec face au Canada anglophone, la rébellion contre la vague infernale de l’Empire devient le symbole de la résistance des diversités culturelles face à la mondialisation (scandé par le rap de « Qui nous mène ? »). D’où le titre du programme : « Mes Aïeux contre-attaquent »… Que ce soit face à l’empire américain ou face au magna de la presse people au Québec : l’empire Québécor.

Les petits se font bouffer par les gros
Y’a même pus de place dans les hôpitaux
Y’a pus de poissons dans nos cours d’eau

« Tout seul »


Amours
Quand le devoir conjugal devient un enjeu politique

 

En Histoire comme en science-fiction, les querelles familiales dégénèrent en conflits politiques (« L’héritage », « Vie de chien », « La Capitulation »). Ultime acte de résistance et remède infaillible contre l’amnésie, « Le temps des semences » devient l’arme de la Révolution des berceaux : en effet, afin de « repeupler le pays », il s’avère alors « juste et bon » de « relever ses jupons ». Cependant, Mes Aïeux tire un constat plutôt amer, bien qu’ironique, d’une société soumise à la tentation. Les histoires d’amours sont ainsi l’occasion de récits cocasses aux accents grivois où les femmes préfèrent leur silhouette à leur progéniture, l’ectasie à l’extase, et dont la morale demeure : « Méfiez-vous des jolies filles » (« Jamais la plus belle », « Rose la tulipe »).

Heureusement, l’invention de toutes sortes de « Remèdes Miracle » disponibles en libre-service à la pharmacie permet de guérir tous les maux d’aujourd’hui. En hommage à ces nouvelles drogues, une joyeuse chanson de gestes est entonnée et dansée par le public. Nos mouvements quotidiens prennent alors étrangement l’allure de l’accoutumance… Excellent remède contre la monotonie et le froid, Mes Aïeux ont également composé une sulfureuse bossa nova en hommage à un mets québécois réputé. Cette toune s’entonne tel un hymne national : « Patates, sauce brune et fromage »… En effet, un air traditionnel québécois ferait bien pâle figure sans sa mémorable poutine (ou « gratin de tubercules à la sauce brune »).

L’unique véritable déclaration d’amour de Mes Aïeux, tracée en filigrane à travers chaque chanson, est dédiée au Québec : « Sans anneau, ni discours, tout mon corps te dit oui ». Dans la lignée des poètes tel que Richard Desjardins, Mes Aïeux célèbrent en effet la culture « d’un pays qui n’en est pas un », notamment en perpétuant sa mémoire. Le souvenir étant d’ailleurs le fil conducteur du groupe (et « Je me souviens », la devise du Québec), une « chanson à boire » fournit un excellent prétexte pour se rappeler certains événements historiques et raviver l’espoir, voire la foi, d’un avenir tant désiré :

Une petite shot de Sambuca pour mettre le feu au Canada,
[…] un petit peu de liqueur d’anis pour octobre 70
pis on retombe dans la bière pour les défaites référendaires
[…] une petite shot, encore une shot, pour tous les patriotes
On pourrait faire un drame de la défaite des plaines d’Abraham
mais on continue à boire pour ceux qui verront la victoire…
[…] et pis une autre petite shot de Rhum pour le prochain référendum

« 2096 (chanson à boire) »

Site officiel : http://mesaieux.qc.ca
 

dimanche 16 novembre 2003

Halloween...



« Nos ancêtres les Gaulois… »
… fêtaient l’Halloween 
!

Halloween : « Tradition d’origine écossaise et irlandaise fêtée dans la nuit du 31 octobre, veille de la Toussaint. Ses racines remontent au temps des druides, c’est-à-dire à l’époque pré-chrétienne. Les Celtes honoraient deux dieux majeurs, celui du Soleil et celui des Morts. Ce dernier, nommé Samhain, était célébré en automne, le jour de la nouvelle année celtique ».


Ce jour-là, la légende veut que les fantômes des morts se mêlent aux vivants. On allumait de grands feux pour éloigner les mauvais esprits. Chaque famille recevait de la braise recueillie dans ce feu sacré pour en allumer un nouveau dans son âtre et protéger ainsi le foyer tout au long de l’année. Depuis, la coutume demeure mais le feu est celui d’une bougie placée dans une citrouille.


À l’époque médiévale, la croyance populaire voulait que les elfes, les fées et les sorcières (qui prenaient parfois l’apparence de chats) apparaissent en ces périodes sombres et froides de l’année. On laissait ainsi à l’entrée des maisons afin d’apaiser les fantômes et d’attirer la bénédiction et la protection des fées pour l’année à venir. Des provisions de friandises permettaient de marchander tout mauvais sort et les déguisements en monstres étaient destinés à effrayer les esprits malins.


Cette coutume populaire fut peu à peu intégrée au rituel chrétien : en 837, le pape Grégoire IV institue en effet la Toussaint, le jour des morts… Halloween est d’ailleurs la contraction de « All Hallow E’en » qui signifie « veille de la fête de tous les Saints ». Tandis qu’en France la culture celte disparaît progressivement, la célébration de Samhain continue à se développer en Irlande, Écosse et Pays de Galles ainsi que dans certaines régions d’Angleterre.
 
Ces traditions d’Halloween furent ensuite importées par les Écossais et les Irlandais en Amérique où Halloween devint une fête nationale à la fin du XIXe siècle. La tradition s’est alors perpétuée avec une « valeur ajoutée » pour les enfants : celle qui consiste à aller sonner aux portes pour réclamer des friandises déguisés en sorcières, en fantômes ou en morts vivants en criant « Trick or treat, smell my feet or give me something to eat ! » et la citrouille a remplacé le navet afin de figurer le personnage de Jack-O’Lantern.
Photo : Anne Massot