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lundi 2 novembre 2009

La Moitié gauche du frigo

Film écrit et réalisé en 2000 par Philippe Falardeau
(prix du meilleur premier film canadien au Toronto international film festival)

Vivre au Québec commence souvent par une colocation...

C’est l’histoire de deux colocataires...
Le premier fait du théâtre engagé et social (sa grande question est de savoir si c’est « politique » de faire du social, mais comme « tout est dans tout », il aura tendance à vous répondre que « tout est politique »), le second est ingénieur en mécanique (et non mécanicien, donc ne lui demandez pas de vous réparer votre tracteur, il pourra simplement vous dessiner le moteur en trois dimensions pour vous expliquer comment fonctionne la turbine et vous ne serez pas plus avancé).

Le film débute lorsque Christophe, l’ingénieur, démissionne et se retrouve, à 30 ans, au chômage. Stéphane, son coloc, décide alors de filmer sa recherche d’emploi à la façon d’un documentaire amateur. Un road movie s’engage alors à travers les couloirs de l’ANPE québécoise et les entretiens d’embauche s’enchaînent caméra à l’épaule. Jeune et diplômé, Christophe ne s’affole pas et taquine volontiers son ami Philippe, ingénieur dans une usine de serviettes hygiéniques et fier de son métier car il fabrique des objets « périodiquement nécessaires ». La caméra suit ainsi, à la manière des reportages diffusés dans l’émission Strip-tease, Paul Ahmarani (Christophe) dans ses discours et pérégrinations. L’acteur s’adresse et se confie à la caméra, tout comme l’acteur belge Benoît Poelvoorde dans le film culte C’est arrivé près de chez vous, à une différence près toutefois : le tueur est remplacé par un chômeur…


Cependant, la période de chômage s’étale et la moitié gauche du frigo attribuée à Christophe se vide peu à peu… Là, on lui explique alors « la courbe psychosociale du chômeur » : ça commence toujours par un effondrement relatif au choc de la perte d’emploi, suivi d’un pic et d’une période rose dus à l’euphorie du changement, et enfin une chute, plus ou moins longue, qui correspond d’abord à la désorientation, puis au découragement, mais faut pas se laisser aller, hein ? On va remonter la pente.
Crédits photos : Anne Massot

lundi 7 août 2006

Cinéma Québécois

Quand vous arrivez au Québec, rien de mieux qu'une bonne séance intensive de cinéma pour vous intégrer et mieux comprendre la culture locale et son état d'esprit. Petite sélection choisie pour votre initiation...


Bon Cop Bad Cop : petit polar anglo-québécois rigolo qui vous apprendra en une scène mythique du film comment manier le langage châtié du Québécois ! irrésistible !

Québec-Montréal : sympathique et désopilante étude de mœurs autour du trajet en auto (entre Québec et Montréal) de plusieurs jeunes : discussions philosophiques en voiture, panne sèche, crises existentielles, scènes de ménage, états d’âme, ruptures, rencontres en auto-stop et coups de foudre…

Pure Laine : télésérie populaire mettant en scène un Haïtien qui émigre au Québec ! Marié à une Québécoise pure souche, il observe et commente avec humour cette société québécoise qu’il découvre peu à peu ! Ensemble, le couple adopte une petite fille chinoise : un portrait de famille désopilant qui représente le Québec multiculturel d’aujourd’hui avec son utopie et ses paradoxes. Cette série décortique avec humour les préjugés et clichés de la vie au Québec !

Le Cœur a ses raisons : télésérie québécoise, parodique et complètement loufoque qui caricature les soap opera traditionnels.

La Grande Séduction : comédie québécoise qui brosse un portrait de la vie dans les maritimes (= les îles à l’est du Québec). Essentiellement habitée par des pêcheurs au chômage qui pointent tous les 15 jours pour chercher le fameux « BS » (le « Bien-être Social » qui correspond ici à l’équivalent du SMIC).

Les Invasions barbares : les amertumes et états d'âme d'une génération de Québécois (les "baby boomers" ou soixantuitards...) 13 ans après le référendum de 1995. Ce film fait suite, 17 ans après, au Déclin de l'empire américain. Deux films de Denys Arcand pour mieux comprendre le Québec d'aujourd'hui.

Elvis Gratton
Comédie mythique de Pierre Falardeau réalisé en 1981, juste après le référendum pour l’indépendance du Québec…

Dans la culture québécoise, ce film est un véritable classique : il correspond aux Bronzés du cinéma français, c’est-à-dire qu’il brosse un portrait type du beauf des années fin 70.

Elvis Gratton est un personnage parodique, caricature du beauf québécois fasciné par les U.S.A. et fan d’Elvis Presley, bref le rêve américain... Derrière la porte de sa cuisine trône une affiche pour le « non » à l’indépendance du Québec. Entonnant son fameux Bob save the queen, Monsieur Robert Gratton ne veut pas perdre ses montagnes rocheuses [la chaîne montagneuse de l’Alberta] : « Touche pas à mes rocheuses, ma constitution, mon fédéral, mon libéral, mon bilinguisme, ma cour suprême, pis ma belle reine ». Pour lui, les « Amaricains » ont « des grosses bombes, des grosses blondes, des gros boss, des grosses gosses, des gros chars, des gros lards », bref ils sont très forts… Ses tirades les plus connues sont les suivantes : « Moi, j’suis fluent dans les deux langues, j’parle bilingue parfaitement, sans accent », « Moi, j’suis fier d’être Canadien, comme je suis fier d’être un Québécois-Canadien-Français-francophone d’Amérique du Nord », « Le Canada, c’est le plus meilleur pays au monde ! Think big ! »

mercredi 4 juin 2003

La Binerie du Mont-Royal

« Icite, c’est pas pour le décor qu’on vient, c’est pour manger ! »
La Binerie est un minuscule établissement coincé entre deux immeubles qui ne lui ont laissé qu’une quinzaine de pieds de façade, le forçant de s’allonger comme un wagon-restaurant. À l’intérieur, un comptoir bordé de tabourets fait presque toute la longueur du local. Au fond, (…) on a réussi à caser deux tables avec banquettes. Derrière, se trouve une petite pièce fermée où se démène le cuisinier. On a installé les toilettes au sous-sol. Il faut passer derrière le comptoir pour s’y rendre et emprunter un petit escalier en casse-cou (…). Chaque pouce cube a été judicieusement employé, après de longues réflexions. Ainsi, l’espace d’un placard à balai fut remplacé au profit d’une table chauffante à température réglable qui permet à certains plats, comme la tourtière ou le bouilli, de conserver leur fraîcheur et leur température après avoir quitté le feu.

Cuisine maison et ambiance familiale
« Icite, tout est cuisiné sur place et les patates sont épluchées à la main ! »
Depuis 1938, on peut manger accoudé sur le zinc aux côtés des joueurs de hockey nationaux qui venaient chaque semaine y avaler leur plat de « bines » (des fèves au lard), ou encore des célébrités tels que Serge Lama (« Il vient à chacune de ses tournées ! »), Didier Barbelivien, Maurice Richard (une légende du hockey canadien) et bien d’autres ; les photos épinglées sur les murs en témoignent. « Gilles Vigneault est v’nu y’a deux s’maines ! » La croix du Christ est suspendue au-dessus de l’entrée de la cuisine. La Binerie est une entreprise familiale où les patrons se succèdent de père en fils, d’oncle à neveu, de beau-père à gendre, de cousin éloigné à beau-frère.

Tout le long du comptoir, on ne voyait que des têtes penchées, des fourchettes en mouvements, des bouches en train de mastiquer, des tasses obliques en train de se vider. Les clients parlaient peu, (…) la bonne chère les absorbait. Près de la caisse, un vieux chauffeur de taxi, sa casquette rejetée en arrière, venait d’attaquer une assiette de bœuf aux légumes pleine de gros morceaux de viande juteux tout en discutant avec Gisèle des avantages respectifs de la vie de célibataire et d’homme marié.

- « Sur quoi qu’t’écris, Yves ? » 
- « Sur la maisonnée ! »
L’écrivain Yves Beauchemin, habitué du lieu, a fini par s’inspirer du va-et-vient incessant du restaurant pour y consacrer un roman paru en 1981, intitulé Le Matou, devenu depuis un classique de la littérature québécoise (Prix de la ville de Montréal, Prix littéraire du Journal de Montréal en 1981, Prix du livre d’été à Cannes en 1982, Prix du public au Salon du livre de Montréal en 1985 et Prix littéraire des lycéens d’Île-de-France en 1992). Vendu à plus d’un million d’exemplaires et traduit en dix-sept langues, le roman popularise la Binerie dans le monde entier ! Ces 583 pages ont même été adaptées au cinéma pour un film tourné sur place : « 100 % filmé icite ! » Réalisé en 1985 par Jean Beaudin, ce long-métrage obtient le Prix du Festival International du Film à Québec et le Prix du jury du Festival des films du monde de Montréal. En 1987, l’histoire devient même l’objet d’une série télévisée.

« 109 sites répertoriés sur Internet ! »
… Et pourtant on ne peut y accommoder que dix-sept clients à la fois, mais ces derniers se succèdent à une belle cadence, car l’endroit est renommé pour sa bonne grosse nourriture paysanne. […] La force du restaurant réside dans la qualité de sa nourriture, la rapidité du service et la modicité relative des prix, rendue possible par l’économie d’entretien d’un local tellement exigu.
Alors, vu le succès, pourquoi la Binerie ne s’est-elle pas agrandie ?
Voilà bien une manie américaine de vouloir transformer les bons restaurants en usine ! Comment voulez-vous contrôler la qualité de la nourriture quand vous avez à peine le temps de soulever le couvercle de tous vos chaudrons ? Le chef choisit en effet lui-même tous ses légumes. N’y cherchez ni frites, ni poutines, ni burgers, « icite, tout est 100 % québécois » : soupe aux pois, ragoût de boulettes, pâté chinois (patates pilées, viande hachée et grains de maïs), tourtières, lard salé, cretons, T-bone, fèves au lard…

« Les fèves, c’est bon pour la santé »
50 % des clients de la Binerie viennent pour les fèves. Ce tout petit restaurant est devenu une véritable institution en matière de fèves au lard. Pour les novices et les affamés, « l’assiette maison » se compose d’une part de tourtière accompagné de ragoût et également de fèves au lard. Et en dessert : une tarte au sucre chaude avec une boule de crème glacée ou du pouding chômeur arrosé de sirop d’érable, le tout avec un café ou un thé. Aucun hamburger, ni fritures, juste des sandwiches 100 % terroir québécois : creton, fromage grillé, lard salé, rôti de porc frais… Les plats de la Binerie incluent une soupe, un breuvage et un dessert. Et puis, à la Binerie, on peut même emporter : manger chez soi une part de tourtière, déguster une tarte au sucre maison sur son canapé, savourer une portion de bines devant un match de hockey à la télé… S’offrir un morceau de Binerie pour la maison…

La Binerie du Mont-Royal à Montréal
 367, Mont-Royal Est, coin Saint-Denis - Métro Mont-Royal (514) 285-9078

Citations entre guillemets de Bernard Deschamps, gérant de la Binerie.
Citations en italiques tirées du livre d’Yves Beauchemin : Le Matou (Québec/Amérique, 1981).