jeudi 1 août 2002

30 jours avant l'exil...



Compte à rebours.
 
Tout quitter pour un point d’interrogation. On peut à tout moment désirer un changement radical dans sa vie. Mais quand on se décide enfin, le doute et l’angoisse vous assaillent et se mêlent à l’hyper excitation face à l’inconnu.
Sautes d’humeur et gros coups de blues sont le lots de tout futur exilé...
Partir...
2 juillet : C’est l’été et pourtant il fait froid 

3 juillet 2002, 18h : S’enivrer de musique pour tenter d’exorciser ses doutes. Sortir pour tenter de respirer.

4 juillet 2002, midi : Je n’ai pas faim mais je mange des Tic-Tac parce que j’ai la bouche amère.

5 juillet 2002 : J’ai démissionné de mon boulot et vidé mon bureau : trois ans de travail représentés par une pile de dossiers.

6 juillet 2002 : Un samedi en guise de dimanche. Le temps est grisâtre. Dormir et ne rien faire. Être fatigué par avance face au rangement.

Dimanche 7 juillet 2002, 14h30 : Narguer la grisaille ambiante et la monotonie : rendez-vous avec des amis pour un pique-nique champêtre au milieu des fleurs et sur le rythme d’un concert de jazz. Humer le marché et choisir de savoureux fromages, comme si tout allait bien. Sourire aux commerçants. Se laisser tenter par de gros œufs frais. Pousser le zèle jusqu’à préparer un gâteau au chocolat et lécher le plat.

15h30 : Je pense à Fernand qui vient de mourir, à 30 ans, d’un accident de voiture, la nuque brisée à six heures du matin en allant au boulot. J’ai horreur des gens qui se plaignent du dimanche.


21h : Dans le métro, les gens aboient, la rame passe.


Lundi 8 juillet 2002 : On fête les trente ans d'une amie. Son cadeau : nos cotisations réunies dans une tirelire afin de réaliser sa plus grande envie : partir. En attendant le voyage, un resto kurde, histoire de se dépayser.

00h30 : À chaque fin de soirée, je me demande à qui je dis au revoir pour la dernière fois.


Samedi 13 juillet 2002 : Les gens t’appellent pour te voir « une dernière fois » avant ton départ. Ils t’annoncent, visiblement désemparés, qu’ils ignorent comment ils vont faire quand tu seras parti. Tout cela semble si sincère que tu n’oses même pas leur préciser que le plus dur à vivre est peut-être pour celui qui part.
Chaque jour, on te demande quand tu pars. Certains te posent la question tous les matins par mail. La question est fatale à chaque conversation.


Dimanche 14 juillet 2002 : Garden party : un mélange de rosé frais et de champagne t’assomme sous les rayons de soleil. La tête lourde, je n’ai pas envie d’aller danser au fameux Bal des pompiers, mais je serais volontiers allée voir le feu d’artifice.

Une pensée pour un grand-père parti un 14 juillet. Des bruits de pétard fusent dans les rues. Dernière machine à laver.


Lundi 15 juillet 2002 : escapade à la campagne. S’exiler avant l’exil. Partir avant de partir. Fuir avant de déguerpir. La faune et la flore ne te poseront aucune question et ne te demanderont pas le jour de ton départ.

18h : S’endormir au soleil et se réveiller sous la bruine.


Mardi 16 juillet 2002 : Lire et s’assoupir, assommée par l’apéro, terrassée par le soleil, pétrifiée par l’angoisse, avachie par le sommeil.

Les souvenirs se mêlent aux rêves. Le bourdonnement d’un frelon t’arrache de tes songes. La lecture d’un roman vient répondre à certaines questions existentielles.


Mercredi 17 juillet 2002 : Ici, tu peux discuter avec les gens sans forcément parler du Canada. « Et qu’est-ce tu vas faire là-bas ? Ah bon, tu n’as même pas de boulot ? Et pour l’hiver, tu as pensé au froid ? Est-ce que c’est vrai que là-bas on peut vivre en sous-sol ? »… Bref, je peux enfin avoir une conversation normale.

Un sourire suffit pour répondre à un œil humide. Le regard d’une arrière grand-mère lit directement mon cœur.


1h du matin : Pourquoi avoir si peur de tout quitter alors que c’est ce qu’on a désiré ?


Jeudi 18 juillet 2002 : Pour les gens du coin, que je parte à Montréal ou à Paris, c’est pareil.

Vendredi 19 juillet 2002, 13h : L’angoisse aujourd’hui n’est plus de se rapprocher de la date fatidique. Non. L’angoisse, aujourd’hui, c’est de trouver des gens déjà partis.

Samedi 20 juillet 2002 : Crémaillère : alors que je pars, d’autres s’installent. Je leur offre mon moule à gâteaux.

Jeudi 25 juillet 2002 : Choper des cartons pour déménager.

Vendredi 26 juillet 2002 : Rencontrer des gens supers alors qu’on s’en va.

Samedi 27 juillet 2002 : Grande tablée au restaurant : promesse d’un jour de l’an collectif à Montréal. Personne ne viendra mais ce n'est pas grave.

Dimanche 28 juillet 2002 : Encore une journée à remplir des cartons, trier du linge, confier des affaires personnelles à droite, à gauche, aux uns et aux autres, pour qu’ils ne nous oublient pas.

Lundi 29 juillet 2002 : Grande loterie avec les amis et karaoké chinois avec tubes de circonstance : « On s’était donné rendez-vous dans dix ans » de Patrick Bruel…

Mardi 30 juillet 2002 : Un taxi escorté par des amis les yeux tout embués. Retard d’un avion de la compagnie Air-Transat : prévu à 12h25, le vol est reporté à 22 h. Arrivée à Montréal prévue à 1h du matin...

Mercredi 31 juillet 2002 : Dans le métro, des panneaux électroniques diffusent les informations, les prévisions météo, les dépêches, l’heure, la publicité, les programmes de télévision. Sur les ondes radiophoniques, Joe Dassin chante : « L’Amérique ! Je veux l’avoir et je l’aurai ! »…

jeudi 15 novembre 2001

Aux Anciens Canadiens

Ce restaurant existe depuis 1966 et porte le nom du roman de Philippe-Aubert de Gaspé. Classé dans le guide du routard comme un « resto chic », la maison des Anciens Canadiens propose une excellente formule autour de 20 $ canadiens (soit une bière, un savoureux potage, un plat copieux et un dessert exquis pour moins de 15 €).

Des plats traditionnels québécois
Tous les plats sont typiquement québécois : tourtière aux cinq gibiers (caribou, castor, faisan, bison et wapiti), bourguignon de caribou à la crème et au vin de bleuet, magret de canard braisé au sirop d’érable, suprême de faisan grillé au vieux cheddar et sauce aux pleurotes, fricassée de poulet sur pâte feuilletée, ragoût de pattes de cochon et de boulettes façon grand-mère, cuisses de faisan aux fèves aux lards ou encore des œufs brouillés au sirop d’érable.
Quant aux desserts, la tarte au sirop d’érable est à se pâmer de plaisir…

Dans une maison historique
Le tout dans une des plus vieilles maisons de la ville décorée à l’ancienne : pierres apparentes, tableau de sculptures sur bois représentant des scènes traditionnelles (comme la couture, les semeurs, le soldat, le laboureur ou encore le repas familial avec grand-mère qui sert la soupe et pépé qui nettoie sa pipe contre son sabot de bois), assiettes en porcelaine, cheminée, nappe à carreaux, mobilier en bois, vitrines exposant des couverts ancestraux… Les serveuses elles-mêmes sont en costumes d’époque : coiffe en coton blanc, corsage lacé, chemise à manches bouffantes, jupe et tablier, sans oublier la mythique ceinture québécoise (comme celle que porte Bonhomme Carnaval).

34, rue Saint-Louis à Québéc (418) 692 1627
 www.auxancienscanadiens.qc.ca

dimanche 11 novembre 2001

Hockey



Un sport économique national

Le hockey est un sport difficile à suivre pour un néophyte. D'une part, les règles du jeu, relativement complexes, nécessitent plusieurs années d'apprentissage avant d'être assimilées. D'autre part, le déroulement du match est extrêmement rapide : l'œil non averti peine à repérer, non seulement les glissades de la rondelle, mais en plus, le va-et-vient incessant des joueurs qui entrent et sortent en permanence de la patinoire. Le plus perturbant demeure pourtant le colossal cérémonial qui accompagne la partie.

Tout d'abord, un écran géant à huit faces, placé au-dessus de la patinoire, attire sans arrêt l'attention du spectateur à l'aide de clignotants, de messages publicitaires et autres appâts commerciaux. Vidéos et affichages numériques sont diffusés simultanément. Impossible de s'ennuyer ! Les sponsors officiels du Centre Molson et de la Ligue Nationale de Hockey se partagent ainsi la vedette, en plus d'être placardés tout autour de la patinoire et même inscrits sous sa glace !

Ensuite, des jeux et animations sont proposés au public. Une bannière illustrant des applaudissements invite régulièrement les tribunes à la claque. Des indications telles que « plus fort ! » ou encore « Bruit ! » enflamment davantage l'arène. Lors des arrêts de jeu, des compétitions sont organisées tels que le plus beau baiser ou encore le meilleur supporter : une caméra filme les spectateurs qui, à la vue de leur image diffusée sur les écrans, entrent en action. Les plus fantaisistes sont rediffusés à la fin du match et gagnent des cadeaux. De plus, des jeux vidéos visuels contribuent à divertir la foule pendant les pauses.

Enfin, durant les tiers-temps, des numéros se déroulent sur la patinoire : ballets sur glace, mini-match de « sumo-hockey », jeux d'adresse avec de jeunes équipes… Des interviews d'entraîneurs, de sponsors et de spectateurs ponctuent le match pour des séquences d'une vingtaine de secondes (grand maximum !). Des temps musicaux sont également mis en place : un troubadour déambule dans le public avec un violon ou un harmonica pour deux périodes rigoureusement chronométrées de 30 à 40 secondes chacune (pas une de plus !). Et même, lors des nettoyages de la patinoire, avant chaque reprise de match, une voiture spécialement affrétée pour l'occasion lance, à l'aide d'un canon, des tee-shirts dans les gradins. Les tribunes entrent alors en liesse.

Dans cette panoplie d'activités et de promotion à outrance, chaque seconde est comptée. Pas un instant de répit n'est laissé. Une armée de vendeurs de pop-corn, bières, boissons fraîches, hot-dog et bonbons vadrouillent entre les rangées, pour éviter au public l'effort de se lever et de louper un moment de publicité. Un match dure ainsi deux heures et demie pour un jeu divisé en trois parties de 20 minutes chacune. Soit : 1 h 30 de réclames pour une heure de hockey…

dimanche 4 novembre 2001

Au royaume des beans...

Outre la poutine (plat québécois constitué de frites recouvertes de fromage en grain fondu et de sauce), comment passer 15 jours au Québec sans goûter ses délicieuses fèves au lard ?

La Binerie du Mont-Royal à Montréal
367 Mont-Royal Est, coin St-Denis - Métro Mont-Royal (514) 285-9078

Fondé en 1940 à Montréal, ce resto a été intronisé par Yves Beauchemin dans son roman Le Matou. L’étymologie du terme « Binerie » provient du mot anglais « bean », soit le flageolet. C’est un lieu où l’on sert des haricots. La spécialité de la maison sont donc les fameuses fèves au lard.

Ici, on vous propose une cuisine typiquement québécoise et « maison ». La particularité de la Binerie réside dans sa simplicité. Salle modeste et prix modéré. Pour une somme défiant toute concurrence, on mange une formule composée d’une soupe aux pois, d’un plat, d’un dessert et d’un breuvage. On y trouve également de la tourtière, du ragoût aux boulettes, du bœuf aux légumes, des fèves au lard, ainsi que des tartes au sucre et le fameux pouding chômeur (génoise baignant dans du sirop d’érable). Les plats sont copieux et consistants, tel le pâté chinois (espèce de hachis Parmentier avec des grains de « blé d’Inde » – du maïs – destiné, à l’époque, aux ouvriers chinois employés pour la construction de la ligne de chemin de fer). Bref, "ça nourrit son homme" comme on dit...


On y déjeune sur le comptoir et on discute avec les travailleurs du quartier, mais aussi des étudiants, des chauffeurs de taxi, des employés en cravate et quelques touristes (la Binerie figure dans tous les guides de Montréal). Les serveurs portent des polos beiges et des tabliers verts très « kétaines » à l’effigie de la Binerie (en vente à la caisse !). Sur les murs de la salle, sont affichés les articles parus dans la presse à propos du restaurant ainsi que les photographies des prestigieuses personnalités qui sont venues s’y restaurer (Serge Lama, Alain Souchon et d’illustres joueurs de hockey, dont Maurice Richard, entre autres).

Et bien saoulés au caribou
À la Molson et au gros gin
Y s’extasient sur nos ragoûts
D’pattes de cochon et nos plats d’binnes
Vu qu’on n’a pas d’fromage qui pue
Y s’accommodent d’un vieux cheddar
Et y se plaignent pas trop non plus
De notre petit café bâtard

 « Les maudits Français », Lynda Lemay, Du coq à l’âme, 2000.

jeudi 22 mars 2001

Gaspésie : au "bout du monde"...

Située à la pointe est du Québec, la ville de Gaspé tire son nom du micmac (les Amérindiens du coin) et signifie « là où la terre s’achève ». À l’époque, la péninsule représentait en effet le bout du monde pour les autochtones. D’ailleurs, encore aujourd’hui, la ligne le chemin de fer qui traverse le Canada d’est en ouest jusqu’à Vancouver (sur la côte pacifique) démarre à Gaspé. 

Cette petite ville portuaire de 18 000 habitants est considérée comme le berceau du Canada depuis que Jacques Cartier y planta, en 1534, au nom du roi de France et devant une poignée d’Iroquois curieux, une croix de bois ornée d’un écusson fleurdelisé (ce cérémonial devint rapidement le hobbie favori du navigateur...

L’été, la région gaspésienne ressemble à la côte d’azur : température, monde, touristes, plages, marinas, bateaux, gros moustiques… La rive qui borde le Saint-Laurent est ainsi appelée la « Baie des chaleurs »

Quelques bonnes adresses : 

La Brûlerie du café des artistes : 
Un lieu chaleureux et original qui expose des peintures et sponsorise une des nageuses du club de la ville, où rencontrer les Gaspésiens autour de l’unique poste internet de la ville, d’un sandwiche chaud ou d’un breuvage. Construit en 1930, cette maison fut d’abord le premier poste télégraphique, puis le premier office du tourisme de la Gaspésie, avant de devenir la mairie pendant 20 ans, jusqu’à ce que le propriétaire engage des travaux de rénovation pour transformer la bâtisse en Brûlerie.

Radio Gaspésie (à écouter absolument !) : 
Unique en son genre, cette radio locale permet de connaître tous les anniversaires de la ville, les vides-greniers, qui vend son auto (et qui l’achète), des reportages exclusifs dans les commerces du coin, les petites annonces, des dédicaces de chansons pour déclarations d’amour, la météo et les nouvelles, les activités du week-end.

Le gîte (et les conseils avertis) d’Olivier Nolleau, grand spécialiste, entre autre, des petits-déjeuners délicats : bâtonnets feuilletés fourrés au sirop d’érable, surprises du jour aux brisures de chocolat et autres salades de fruits sur son lit de yogourt…